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Un temple trait d’union

Trois siècles d’histoire

 

Edifié sur les ruines du brillant hôtel de Gallifet peu après la peste de 1720 et détruit à la Révolution, le bâtiment du temple actuel est le cadre depuis deux siècles d’une étonnante aventure spirituelle et humaine.

Première vocation : la communauté juive réduite à 168 pratiquants sous l’Empire, mais qui avait donné à Aix son premier maire républicain en la personne de Jassuda Bédarride, construit une trentaine d’années plus tard, une synagogue sur le terrain laissé libre en bordure du quartier Mazarin. C’est dans ce « temple », comme le désignaient les Aixois de façon prémonitoire, que le compositeur Darius Milhaud épouse en 1926 sa cousine Madeleine Allatini, en présence notamment de Paul Claudel et de Francis Poulenc.

Seconde vocation : La communauté juive aixoise dispersée au cours de la seconde guerre mondiale n’a plus les moyens d’assumer la charge de la synagogue. Avec l’accord des survivants, les lieux sont acquis en 1952 auprès de leur propriétaire parisien, M. Naquet, par la paroisse protestante constituée en 1938 au sein de la nouvelle Union des Eglises réformées de France (ERF), l’Eglise réformée évangélique demeurant de son côté dans le temple de la rue de la Masse.

La mémoire de la Shoah Les chandeliers à sept branches (menorah) qui, sur les murs du temple, rappellent son passé de synagogue ont encore un sens pour nous aujourd’hui. Ils évoquent la longue marche de deux religions minoritaires et persécutées. Déjà en 1561 Jean Calvin n’invitait-il pas l’église protestante d’Aix au calme et à la patience ? Mais ces deux chandeliers expriment aussi la solidarité qui se manifesta entre Protestants et Juifs aux heures les plus sombres de la barbarie nazie. Le pasteur Henri Manen, en charge de la paroisse d’Aix de 1940 à 1945, fut l’un des acteurs de la fraternité manifestée aux déportés du camp des Milles. Son combat pour arracher des vies aux convois de la mort qui emportèrent à Auschwitz via Drancy, 1928 hommes, femmes et enfants entre le 6 et 13 août 1942, lui vaut d’être compté avec son épouse comme « juste parmi les Nations ». Le récit qu’il a laissé de ces jours de cauchemar en porte témoignage de façon bouleversante.

Un lien vivant Lieu situé au carrefour d’une histoire partagée. Lieu témoin d’une épreuve dramatique gravée dans le marbre d’une modeste plaque souvenir, le temple de la rue Villars n’est pas devenu pour autant un monument élevé au passé. Il est au contraire un édifice enraciné dans l’espérance du présent.

Signe de bénédiction et de renouveau les deux communautés juive et protestante qu’il a abritées ont prospéré. Depuis la dédicace du temple, le 7 avril 1957, la paroisse protestante de l’ERF, devenue Eglise protestante unie de France en 2012, s’est développée avec de nouveaux fidèles dans le sillage des réfugiés d’Alsace et de Lorraine. La communauté israélite d’Aix accueillit, dés 1958, les juifs d’Afrique du Nord. Une renaissance qui valut à Darius Milhaud de présider en 1971 l’inauguration de la nouvelle synagogue.

Ainsi, non seulement les liens noués dans les vicissitudes du combat pour la liberté de culte et pour la dignité humaine ne se sont ils jamais défaits mais les amitiés judéo-chrétiennes, créées en 1948 par Jules Isaac, ont donné force et vie au message particulier de cet édifice religieux qui vous accueille fraternellement : être un temple trait d’union.

Eglise protestante unie du Pays d’Aix

04 42 27 70 34

www.protestants-aix.fr